Pourquoi j’aime mon métier ?

 

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Enseignant en mathématiques dans ce qu’on appelle, stigmatisant parlant, un collège difficile, affublé de tous les sigles possibles (RAR, Zone de prévention de la violence, CLAIR), j’entends et je lis des choses qui me gênent, voir me choquent.

Combien de fois ai-je entendu « j’espère que tu auras ta mutation », « là où tu es tu ne peux pas vraiment enseigner », « on ne peut rien faire pour eux » … ?

La mutation ? Je n’en veux pas !

Enseigner ? Plus que jamais !

Rien à faire pour eux ? Une facilité tentante …

Il se trouve que j’aime mon métier et l’endroit dans lequel j’enseigne, ce que beaucoup ont peine à comprendre ! C’est ce qui me donne aujourd’hui l’envie d’écrire pour exprimer la passion qu’on peut avoir à enseigner même (et peut être davantage) en milieu difficile.

La tentation de se décourager

Il est vrai, la tentation de se décourager est grande. Un travail de groupe qui a échoué, une activité réduite à néant, des freins administratifs aux projets, un langage qui limite l’expression et le développement des idées et des raisonnements … Une accumulation de détails qui peuvent mettre à mal les motivations et inciter à rester au stade du constat « ils ne savent pas faire ». Rester à ce stade, c’est très vite prendre la posture d’inquisiteur … « parents démissionnaires », « élèves pas fait pour être au collège », « manque d’éducation »… tout est bon pour justifier un découragement qui peut prendre deux formes : être dépassé ou asséner un cours magistral, évaluer de manière unilatérale (avec des résultats catastrophiques bien souvent) et se lamenter bien sûr d’une baisse générale du niveau… « c’était mieux avant ! »

Et que dire lorsqu’on envisage le métier comme simple gagne pain (c’est un choix de vie que je peux parfaitement comprendre) et qu’on se retrouve face à ces difficultés bien réelles ?

Sans cesse innover

Ma vision, c’est qu’enseigner, c’est justement dépasser le stade du constat. Ce dernier, si on s’en contente, finit par être bien souvent négatif ! Qui, en effet, n’attend pas mieux de ses élèves ? A moins que le succès réside à avoir une classe qui ne fait pas de vagues… travaille-t-elle pour autant ?

C’est précisément dans le dépassement du simple constat que réside, à mon sens, la richesse de notre métier.

Mettre en place une stratégie pour que les élèves apprennent réellement, maîtrisent des compétences, des « savoirs être », accèdent à la culture et se forment à être des citoyens responsables, demande un travail que je trouve passionnant. De nombreux leviers s’offrent à nous, certains plus efficaces que d’autres, de manière aléatoire selon la classe et le contexte. J’arrive à considérer une séance ou une séquence réussie lorsque les élèves sont « entrés en mathématiques », qu’ils ont fondé tout ou une partie de démarche, qu’ils ont cherché, qu’il ont mobilisés des savoirs, des compétences ou leur propre représentation. Ce n’est pas tant une classe silencieuse planchant sur des exercices techniques (nécessaires mais pas obligatoirement un préalable indispensable à tout problème complexe, ambitieux ou concret) qui font que le « message » est passé. Cela dit certains élèves y trouvent leur compte et c’est bien cela qu’il faut s’efforcer d’avoir en tête : nous avons face à nous (ou devrais je dire plutôt « avec nous », l’idée d’un face à face frontal ne m’attire guère) une diversité dans laquelle chacun doit trouver son compte dans les apprentissages pour entrer en réussite. Diversifier est donc, à mon avis capitale, et c’est aussi en cela que ce métier est riche !

Dépasser le constat de l’échec, c’est aussi tenter de faire progresser les élèves sur des notions sur lesquelles ils ont échoué. Remédier n’est pas quelque chose de culturellement ancré dans l’école française, la note sanctionne mais n’ouvre que rarement le chemin de la progression … Et pourtant quand on se donne un peu la peine d’essayer, on débloque des freins parfois infimes qui permettent à des élèves d’entrée en réussite.

Des réussites quotidiennes

Au delà du caractère varié et polyvalent du métier d’enseignant, c’est aussi les réussites qui forgent notre motivation. Car, des réussites, il y en a… La réalité du terrain est loin de l’image d’un collège ZEP telle qu’on peut la voir dans les médias ou à travers des témoignages de profs (qui souvent vous raconteront le croustillant, le sensationnel… c’est aussi un exutoire bien connu des salles des profs que je pratique aussi).

Nous voyons tous les jours des élèves motivés qui s’investissent et réussissent et qui auront probablement de bons parcours. Parfois, la motivation n’est ni naturelle, ni constante et c’est par nos actions qu’elle peut être suscitée. Les travaux interdisciplinaires sont souvent de belles réussites à ce niveau. Ils donnent du sens, décloisonnent les savoirs et les démarches. Les productions faîtes par les élèves sont parfois surprenantes.

En creusant un peu et en laissant une certaine liberté de travail aux élèves, on se rend compte de potentiels cachés, de points forts que l’école ne sait pas toujours déceler et valoriser. On accueille également avec plaisir après un travail où les élèves sont actifs lorsque la sonnerie retentit et qu’ils s’exclament « déja » et se rendent compte que c’est en faisant qu’on apprend le plus !

Et je reste persuadé que certains, même en échec relatif trouveront peut être un jour dans le début de leur vie d’adulte le moyen d’activer un esprit de curiosité qu’on leur transmet au collège.

Travailler en équipe

Comment ne pas parler du plaisir que j’éprouve à exercer mon métier sans parler du travail en équipe ?

C’est, à mon sens une des clés de réussite et j’ai la chance de pouvoir le pratiquer avec certains de mes collègues. En travaillant ainsi, nous pouvons mettre des projets en place. Ils apportent une vraie valeur ajoutée en terme de motivation des élèves, d’accès à la culture et de développement de compétences pas toujours travaillées. Cela nous permet aussi de mettre sur pieds des travaux croisant les disciplines, comme j’ai pu l’évoquer précédemment.

Le travail en équipe favorise par ailleurs le partage de nos ressources, de ce qui fonctionne, des pratiques innovantes… il offre ainsi un vrai recul sur ce que l’on fait et impose parfois un travail d’analyse bien souvent profitable.

C’est une vraie richesse, pas forcément encouragé par l’organisation de nos services et qui demande à être favorisée.

Loin de moi l’idée de faire dans l’angélisme… des difficultés, il y en a et j’en rencontre. Il arrive qu’on échoue avec tel élève, telle activité ou telle classe mais je ne me retrouve en rien dans les discours alarmistes et négatifs, voir méprisants de certains. Je me considère comme un privilégié, j’exerce un métier qui est aussi une passion et cela n’a pas de prix …

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