L’inaptitude de nos élèves pour le magistral et le frontal…

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La conférence donnée à l’occasion de la fête des maths à l’université de Lille 1 sur les pavages étaient parfaitement ciblée en terme de contenu et de difficultés pour l’assistance, composée de collégiens et lycéens de seconde.

Partir de photos de la vie réelle a permis de capter le jeune public. L’objectif était intéressant : observer pour modéliser … Une fois ce fort agréable tour du monde photographique fini, il fallait donc sauter la marche menant aux mathématiques. Le conférencier a donc posé ses définitions, ses théorèmes et ses applications…Le scénario de la conférence respecte la démarche du mathématicien et c’est important dans ce type de conférence.

Au delà du contenu de l’exposé, ce fut un moment riche d’observation pour le prof de collège que je suis. Parmi eux, j’ai pu sentir comment les élèves vivaient ce moment. Et le constat est claire … si la projection des photos a entrainé avec elle l’attention de l’assemblée (certains élèves reconnaissant des lieux visités …), l’amphi a brutalement décroché au moment où le conférencier (très clair et complètement à la portée de son auditoire) a posé la première définition … bref quand il a modélisé la situation proposée. Dispersion, agitation, rappel à l’ordre … le reste de l’exposé d’une heure a été beaucoup plus pénible et bruyant … nos collégiens et lycéens avaient tout simplement décrochés … et soyons franc, j’ai eu moins d’attention pour ce qui m’était raconté aussi.

Je suis assez persuadé, dans ma pratique quotidienne de prof, que les élèves doivent être acteurs de leur apprentissages, qu’ils doivent le plus souvent être confrontés à des situations complexes, des problèmes … Et que , dans la mesure du possible, c’est à eux de modéliser les situations et les problèmes. En fait je veux leur faire faire des maths plutôt que de les transmettre.

Ce que j’ai vu lors de cette conférence m’a une fois de plus conforté dans cette idée. La transmission simple par le cours magistral ou frontal est voué à l’échec et seule une poignée infime d’élèves arrive à s’y adapter … Certes, nous pouvons avoir un auditoire calme mais cela ne relève bien souvent que d’une autorité posée et imposée qui cache une inactivité des élèves forcément préjudiciables dans la construction des apprentissages.

Combien de fois entend-on en salle des profs la remarque “j’ai parlé pour rien, c’est comme si ils n’assistaient pas à mon cours” … j’ai du le dire aussi … et en effet, si les élèves sont physiquement là, leur esprit a décroche dès lors qu’on les considère comme une boîte vide qu’on veut remplir de connaissances dictées par les programmes.
Nous même adulte, sommes bien incapables de rester concentrés face à un exposé magistral d’une heure … alors penser que les élèves peuvent le faire 6, 7 ou 8 fois dans la journée est illusoire …

Les mathématiques demandent un effort d’abstraction. Nous devons sortir de la représentation des élèves et cette démarche ne peut venir que d’eux… ou nous devons les accompagner mais en aucun cas le faire pour eux, devant eux… Nous ne pouvons les exclure de ce processus.
Lors de cette conférence, c’est le sentiment que j’ai eu et qu’ils ont probablement eu … le sentiment de ne pas être concerné par une modélisation pourtant largement à la portée de la totalité du public.

La complexité de certaines notions et la densité du programme est une tentation à transmettre plutôt qu’à laisser les élèves construire à partir de situations mais, encore une fois, ce qui compte c’est ce que les élèves apprennent et non ce qu’on pense leur transmettre… et en les excluant de la démarche, je crains qu’ils ne soient pas en mesure de réellement apprendre.


Je précise que ce billet ne vise pas à critiquer la conférence présentée, intéressante, adaptée au public et animée de manière claire devant près de 200 élèves (en une heure il aurait été difficile de faire autrement et c’était aussi un contact avec le milieu universitaire fait aussi de conférences). Il s’agit juste d’exploiter la situation comme exemple de la complexité de notre métier.

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