Reforme du collège : la face oubliée mais essentielle des EPI

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La reforme du collège fait couler beaucoup d’encre. Chacun y va de son avis, quitte à mentir, caricaturer ou user d’outrances inqualifiables.

La mise en place, au cycle 4, d’enseignements pratiques interdisciplinaires (EPI) est un des éléments de la réforme qui doit s’appliquer à la rentrée 2016. Ils font, eux aussi, beaucoup parler, mais un aspect est clairement peu développé : celui qui place la pédagogie de projet comme une source de travail nécessaire et capitale dans la scolarité obligatoire.

Même s’ils ne font pas autant de bruit que le latin, le grec ou les langues vivantes, il serait exagéré de dire que ces EPI passent inaperçus dans les « débats » actuels, y compris auprès du grand public. Mais que retient-on de ce dispositif ? Avant tout le caractère interdisciplinaire. Intéressant ! Faire des ponts entre les disciplines est important. Rappelons que dans le cadre de la scolarité obligatoire, nous formons les citoyens de demain qui pourront s’insérer dans le monde réel (1). Monde qui n’est évidemment pas cloisonné en discipline… Logique donc de consacrer un dixième des heures au décloisonnement des matières.

Parmi les arguments des opposants à ces EPI qu’on pourrait énumérer et contredire facilement, il y en a un qui revient peu mais qui a le mérite de pointer un aspect capital : « On veut nous imposer la pédagogie de projet ».

OUI, il s’agit bien de projets. Les EPI ne sont pas des cours au sens classique mélangeants 2 matières. 

Le projet de programme de cycle 4 qui comporte un cahier des charges pour la mise en place de ces EPI (2) est très clair :

« Ils contribuent tout particulièrement à l’acquisition de compétences complexes qui permettent aux élèves de choisir et combiner, parmi les procédures qu’ils maîtrisent, celles qui conviennent à une situation ou à une tâche non connue et complexe. » Il s’inscrivent donc clairement dans une logique de développement de compétences. Impossible alors de dire que nous n’aurons pas le temps pour travailler la complexité. 
Ce cahier des charges précise également clairement qu’il s’agit pour les élèves de réaliser des productions et donc de travailler par projet. « Parce que les projets ont nécessairement une finalité et parce que les enseignements qui les sous‐tendent s’inscrivent dans la validation du socle, le travail individuel et collectif des élèves comme la présentation de la réalisation font l’objet d’une évaluation incluse dans les compétences du DNB. » 

C’est clairement une avancée pédagogique majeure si les enseignants que nous sommes parviennent (3) à entrer dans cette logique. Oui, on nous « impose » la pédagogie de projet… comme on nous impose tout un tas d’autres choses… les exercices purement scolaires et techniques évalués lors des examens par exemple.  Mais là, personne ne crie au scandale et à la casse de la liberté pédagogique. 

Oui, on nous impose de faire travailler en partie les élèves par projet. Comment pourrait-on passer à côté de cela dans la scolarité obligatoire ? Comment pourrait-on négliger la formation aux compétences qu’exigent ces travaux et que la forme scolaire plus classique néglige ? Peut-on se plaindre du manque d’autonomie et d’initiative des élèves si on ne leur laisse pas le cadre de travail qui permet de développer ces compétences ? On laisserait alors les critères sociaux opérer entre ceux qui ont ces ouvertures en dehors de l’école et ceux qui ne peuvent compter presque que sur elle ? 

Ces projets vont permettre de diversifier les situations d’apprentissages. C’est un facteur nécessaire pour « toucher » plus d’élèves. Combien de fois entend on dans les salles des profs, y compris chez les syndicats qui s’opposent farouchement à ce dispositif « ces élèves s’ennuient, ils ont besoin de faire des choses pratiques ». A moins que ce discours ne serve qu’à vouloir exclure des élèves dans des filières dès le plus jeune âge (et avec d’autres profs bien sûr), il serait bon de reconnaître que les EPI offrent aux élèves un cadre de travail plus pratique et moins scolaire. 

Oui, on peut apprendre la géométrie dans l’espace en construisant un jeu d’échec ou une maison économe… Oui, on peut travailler de multiples notions mathématiques en construisant la maquette du collège… Oui on peut travailler la maîtrise de la langue en rendant un texte publiable dans le cadre de la création d’un site Internet. (4)

Faire croire que ces EPI seraient une garderie généralisée est un non sens. Oui, offrir quelques heures aux élèves pour travailler par projet est une urgence absolue. N’oublions pas cet aspect des EPI pour les défendre, il est primordial.


—-

(1) Merci de ne pas caricaturer monde réel par monde de l’entreprise…

(2)  Pages 56 et 57

(3) La balle est donc dans notre camp quant à la réussite et la qualité de ces moment d’apprentissage

(4) Ou alors on peut râler pour démultiplier les heures de Français (au détriment de quoi ?) et s’insurger pour défendre une grammaire excessivement techniciste.

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3 thoughts on “Reforme du collège : la face oubliée mais essentielle des EPI

  1. «Le présent n’est perceptible qu’en surface. Il est travaillé en profondeur par des sapes souterraines, d’invisibles courants sous un sol apparemment ferme et solide. De surcroît, la connaissance est désarçonnée à la fois par la rapidité des évolutions et changements contemporains, et par la complexité propre à la globalisation : inter-rétro-actions innombrables entre processus extrêmement divers (économiques, sociaux, démographiques, politiques, idéologiques, religieux, etc.). Enfin, nous, habitants du monde occidental ou occidentalisé, subissons sans en avoir conscience deux types de carences cognitives :
    – les cécités d’un mode de connaissance qui, compartimentant les savoirs, désintègre les problèmes fondamentaux et globaux, lesquels nécessitent une connaissance transdisciplinaire ;
    – l’occidentalo-centrisme qui nous juche sur le trône de la rationalité et nous donne l’illusion de posséder l’universel.
    Ainsi, ce n’est pas seulement notre ignorance, c’est aussi notre connaissance qui nous aveuglent. »
    Edgar Morin

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  2. Bonjour,
    J’ai montré votre projet (maths techno maison développement durable – voir l’ancien site internet) à mon équipe de maths. Nous trouvons ce projet très intéressant et sommes motivés pour créer un EPI. En revanche nous avons mille questions. Est-il possible de dialoguer avec vous par mail ? Une première question : combien de temps vous a-t-il fallu pour réaliser l’ensemble du projet ?
    Cordialement.

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    • Une douzaine d’heure en tout mais sans trainer. Ca mériterait plus avec quelques phases collectives d’institutionnalisation de ce qu’on apprend au fur et à mesure.

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