Est-ce que je veux être bivalent ?

Billet original publié le 29 mai 2013 

science-clipart

En voilà un titre bien égoïste ! Il faut dire que le sujet tient au fort intérieur de chaque enseignant d’une part et que pour certains (le mot est important) opposants, l’apprentissage des élèves est rarement pris en compte quand il s’agit d’en débattre d’autre part.

L’éventuelle bivalence des enseignants de collège, remise sur la table par Vincent Peillon est un sujet de crispation réel, un casus belli assuré. Pour les non initiés au jargon de l’éducation nationale, être bivalent consiste à enseigner deux disciplines.
Si le sujet est un argument de plus pour les conservateurs de tout poil, je crois qu’il dépasse largement ce « camp ». Probablement parce que le problème est mal posé, j’y reviens !
Remarquons avant tout que cette bivalence qui choque tant, existe déjà dans les faits : histoire-géographie-éduction civique, physiques-chimie, sans parler des PLP (professeurs de lycée professionnel) chargés des enseignements généraux.

Mais alors est-ce que je veux être bivalent ? Pourquoi pas à partir du moment où il serait possible de choisir un temps soit peu la 2ème valence en fonction de ses propres compétences (et des besoins, je le conçois).

Mais je ne répondrais pas de manière tranchée à la question car, à mon sens, elle est mal posée. Mettre en place une simple bivalence n’arrangera pas grand chose au cloisonnement disciplinaire. Enseigner deux matières comme on en enseigne une, ne changera fondamentalement pas les choses. Enseigner les maths le lundi de 13h30 à 14h25 aux 6ème 3 et la physiques-chimie le mardi de 14h25 à 15h20 aux 4ème 1 ne répondra pas aux enjeux actuels du collège. Le seul avantage pour les élèves serait d’avoir moins d’intervenants. Mais sur le plan des situations pédagogiques et de la souplesse laissée aux équipes pour varier les approches, pas grand chose à se mettre sous la dent.

La question du service des enseignants de collège doit être mise sur la table, j’en suis plus que convaincu. Mais passer à deux matières me semble très largement artificiel et insuffisant. Mais avant tout, c’est encore prendre le problème du point de vue de l’organisation « enseignant » (restons dans l’égoïsme) et non par l’apprentissage des élèves.
Alors il faut rester ainsi dans notre discipline ? Je ne le crois pas non plus! Outre le fait de prendre en compte les nombreuses tâches inhérentes à notre métier et que je considère comme tout aussi nobles que l’enseignement purement disciplinaire, il me semble que nous devons aborder le problème par les situations d’apprentissage et avoir la possibilité de les varier.

Proposer, par exemple, des ateliers basés sur des projets feraient par essence appel à des ressources de disciplines différentes. C’est cette polyvalence là que je préfère défendre. Les savoirs et savoir-faire disciplinaires ont vocation à devenir des ressources. Celles-ci ne peuvent tourner à vide où de manière cloisonnée (que ce soit avec 10 ou 5 enseignants). Ce sont bien les situations, les projets qui génèrent leur mise en action. Mieux, ils permettent de travailler aux interstices des disciplines, de développer des compétences transversales et, élément clé, d’apprendre à apprendre.
Nous sommes alors d’avantage sur le modèle de ce qui peut se faire avec l’EIST (enseignement intégré des sciences et technologie) avec des thèmes de travail pensés et préparés en équipe faisant appel aux 3 disciplines scientifiques mais aussi centrés sur les démarches et donc les compétences scientifiques.

Au delà de cette question, il va aussi falloir permettre davantage de porosité entre le primaire et le collège. Pour les enseignants, mais aussi pour les élèves. Les liens et la mise en place d’une école du socle ne peuvent se réduire à des réunions de profs ou à des documents. Et ils ne peuvent encore moins se réduire à une simple réduction du nombre d’enseignants.

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One thought on “Est-ce que je veux être bivalent ?

  1. Je lis votre article, et je pense qu’au lieu de ça, on devrait encourager la pédagogie par projet, demander à des élèves par exemple d’organiser un voyage de A à Z ou construire une maquette, réaliser une expérience… permet de travailler des tonnes de compétences dans plusieurs matières. Mais de nombreux collègue sclérosés (dans mon bahut en tout cas), n’ont aucune envie de sortir de leur routine. Un professeur qui garde sa curiosité intellectuelle et qui s’intérresse à de nombreuses choses a plus de chances de réussir à expliquer le monde et le rendre intéressant et riche, même hors de sa matière, sans aller jusqu’à la bivalence. C’est toute la structure de nos cours qui sont à revoir, je le crains….
    merci en tout cas pour votre regard engagé et passionné sur votre travail !

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