Où se cache le laxisme ?

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La récente médiatisation de faits de violence scolaire a été une aubaine pour les polémistes de tout poil pour tirer à vue sur l’école. Ils dénoncent un laxisme organisé (pour quelles raisons ?), accusent les parents, les chefs d’établissement (dont on rappellera qu’ils ont été aussi les victimes récentes), les CPE (dont on ne saluera jamais assez le travail admirable au quotidien), le nivellement par le bas (expression tarte à la crème qui ne veut rien dire mais qui plaît dans les chaumières), la baisse des exigences, la disparition du savoir (lisez donc les 384 pages des programmes scolaires pour vous convaincre du contraire)…

L’école ne serait donc que laxisme. Et il serait la cause tous les maux.

Un laisser-faire généralisé ?

Ainsi donc, au sein de notre Ecole, tout serait permis et l’institution organiserait le laisser-faire. Certains ont pour excuse une méconnaissance profonde de l’école et du terrain (et on se demande alors ce qui les pousse à s’exprimer sur un sujet qu’ils ne maîtrisent pas). En revanche, cela questionne davantage lorsque des collègues écrivent cela. L’arsenal « répressif » au collège est particulièrement large : heures de retenue (vous seriez surpris de connaître le cumul des heures de colle en une année par collège), mesures de réparation, exclusions à l’interne de l’établissement, exclusions temporaires de 1, 2, 3, 8 jours, exclusions définitives… Cet arsenal est largement employé (plus ou moins habilement, reconnaissons-le aussi) et il est complété par des dispositifs « externes » pour les élèves les plus en difficulté (atelier relais, classe relais, démission impossible, ITEP…).

Et donc il faudrait aller plus loin ? Où exactement une fois que l’on a égrainé cette liste ?

Écoles séparées pour les élèves « à problème » (au risque que ça finisse par concerner 25 % des élèves, puis dans les 75 % restant on en trouvera encore 25 % qui finalement…) ?

Plus de conseils de discipline et donc organisation d’un Turn-over géant d’élèves entre établissements ?

Camps de redressement ? Pilori ?

En réalité, c’est peut être justement que l’approche par la sanction, si elle est évidemment nécessaire (et personne n’a prétendu l’inverse), a largement démontré son insuffisance ou, en tout cas, son incomplétude.

Le « laxisme » est ailleurs.

Le premier des laxismes, c’est justement de considérer ces questions de violence, de climat scolaire et d’autorité comme une question simple… et donc d’en profiter pour asséner des discours simplistes (voir populistes). Là se niche bien un laxisme intellectuel et professionnel qui ne manque pas, au passage, de trouver des boucs émissaires plutôt que de tenter de trouver des solutions. Agir ainsi, c’est aussi cloisonner les acteurs de l’éducation des enfants (opposer les profs et les parents, les profs et les chefs d’établissement, les profs et les animateurs périscolaires…). Se contenter d’affirmer qu’il “faut restaurer l’autorité” ou “rendre l’autorité aux enseignants”, c’est précisément faire preuve de laxisme dans l’action au profit d’une exigence de façade.

Le fatalisme : le vrai laxisme

Le laxisme se niche aussi dans la difficulté de l’école à prendre en charge les élèves fragiles. Soyons clairs, l’école ne peut pas tout, et parfois le malaise de la communauté éducative est réel, palpable et légitime. Mais l’école ne peut pas rien non plus. Le fatalisme, c’est un laxisme.

Il m’arrive régulièrement en formation d’enseignants (sur ce sujet comme d’autres) de laisser les collègues s’exprimer sur le problème concerné et ses origines supposées. Evidemment tout y passe et c’est tant mieux. Une bonne occasion aussi de voir que derrière les grandes envolées pamphlétaires, les acteurs de terrain, collectivement, ont bien conscience de la complexité des sujets éducatifs, de leur causalités multiples, de leurs controverses aussi. Nous pouvons alors ensuite classer ces origines en fonction de celles sur lesquelles nous, professionnels de l’éducation, pouvons peu agir ou beaucoup agir. Celles où l’influence du collectif prend le pas sur des approches individuelles. Une sorte de thermomètre de notre influence possible en fonction des causes. Le problème du climat scolaire est justement multi-factoriel et nos possibilités d’actions en amont (donc en prévention) existent. Mais elles s’inscrivent à la fois dans la complexité et dans l’analyse de l’ordinaire de notre métier (ou de nos métiers, devrais-je dire, puisque là aussi, les acteurs sont multiples), avec les apports de la recherche (et là encore la complexité et les controverses sont de mise).

Pas de monopole de l’autorité

Pour finir, s’il y a bien un laxisme qui ronge l’école, c’est celui qui consiste à laisser des élèves sur le bord du chemin. Et là encore, les facteurs sont multiples et les discours simplistes sont contre productifs. Mais là se nichent les germes d’une part de la violence quotidienne. Dire cela, ce n’est en rien nier certains problèmes du quotidien des profs et des éducateurs. Dire cela ce n’est pas non plus évacuer les questions d’autorité. Au contraire, il faut en parler mais en professionels (j’y avais consacré un billet il y a quelques mois), au risque de se voir confisquer le sujet par des gens dont l’intention n’est en rien la réussite de tous les élèves…

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2 thoughts on “Où se cache le laxisme ?

    • Ce n’était en effet pas l’objet de ce billet. Toutefois, en cliquant sur un des liens, vous tomberez sur le site “climat scolaire” hébergé par Canopé qui propose un nombre important de ressources sur le sujet du climat scolaire.
      Et comme je le dis dans le billet, le sujet est complexe et multi factoriel, donc il n’y a pas de recettes simples mais un travail de fond ancré dans le local.

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