Un enseignement efficace ?

https://i0.wp.com/upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/1/12/Craie1.jpgEn matière de pédagogie, j’ai tendance à me méfier d’une méthode qu’on présente comme LA méthode efficace. C’est pourtant ce que certains tenants de la « pédagogie explicite » (ou 3ème voie) prétendent.
Je risque de me faire de nouveaux amis qui viendront ici me dire que je n’ai rien compris et qui vont se présenter en défenseurs de la pédagogie mais j’ai un certain retard à combler sur mon amie Mila Saint Anne. (1)

Non seulement je plaide pour une diversité des approches mais je vois aussi des limites certaines à ce modèle « explicite », en tout cas quand il est érigé en modèle permanent.

La pédagogie explicite qu’est ce que c’est ? (2)

D’emblée, elle s’oppose au socioconstructivisme. Il s’agit pour l’enseignant de guider, de manière très directive, le chemin (tracé donc par l’enseignant) en découpant le savoir de manière parcellaire. Invoquant le bon sens (dont je me méfie aussi beaucoup) en allant du « plus simple au plus complexe », elle se fonde sur des routines et prône un canevas de cours tout fait : Présentation des objectifs, rappel des pré-requis, présentation et explication des notions par l’enseignant (appelé « modelage » … sic), application automatisée et guidée, application autonome, révisions.
Progressions rigoureuses, « pas à pas », savoir au centre, automatisation, répétition, plus de français et de maths pour moins du « reste » (3)… le refrain est bien connu.

Soyons clairs tout de suite, je ne prétends pas que ce « modèle » est le mal absolu et qu’il faut s’en détourner à tout prix. Certains points peuvent être intéressants (explicitation des objectifs, réactivation régulière …). Ce fonctionnement peut se justifier sur certaines notions, sur certaines situations et à certains moments de l’apprentissage. Mais en aucun cas je pense qu’il soit judicieux d’en faire un fonctionnement permanent. Encore moins de prétendre à la « la nette supériorité de l’efficacité de l’enseignement explicite sur la pédagogie traditionnelle et la pédagogie socioconstructiviste ». On aimerait d’ailleurs comprendre cette grande différence entre la pédagogie traditionnelle et la pédagogie explicite. Si on prend l’exemple des manuels de mathématiques depuis des années, nous sommes finalement assez proches de ce guidage et de ce « pas à pas »…

Une diversité infinie de profils

Ce dont nous sommes sûrs, c’est que nos élèves présentent autant de profils d’apprentissages qu’il y a d’individus. L’homogénéité que souhaite et prétend créer (4) la méthode explicite n’existe pas et n’existera jamais.

Les gestes mentaux sont propres à chacun. Si certains évoquent sur de la symbolique (automatismes), d’autres le font sur du concret (hyper réalisme), de la logique ou de l’inédit (créativité). Ajoutons à cela le curseur auditif/visuel (curseur et non case) et que tout cela dépend des situations… Le geste de compréhension fait également appel à de nombreux profils : expliquants/appliquants , similitudes/différences, linéaire/global…
C’est donc dans la variété des approches et des situations que nous pouvons embarquer le maximum d’élèves. Ce que prétend faire la pédagogie explicite va à l’encontre de cette pluralité. Le geste de compréhension s’adresse alors davantage aux apprenants qui ont une approche temporelle du sens : le pas à pas, le linéaire. Quid de ceux ayant besoin d’une approche globale ? Ce n’est qu’un exemple mais il me semble symptomatique du problème.
De la même manière que le tout projet laisserait des élèves sur le bord de la route, le tout « guidé » ferme clairement la porte à d’autres. Ce terme « explicite » peut vite se transformer en « implicite » pour une partie de nos chères têtes blondes !
C’est en « arrosant large » que nous pouvons espérer toucher le plus grand nombre.

La stratégie du château de cartes

Proposer aux élèves un fonctionnement uniforme basé sur un processus très guidé ne favorise pas, à mon sens, le développement de la compétence « apprendre à apprendre », pourtant centrale et fondamentale. Comment faire en situation ? Comment partir de cette situation pour débloquer les verrous pour la résoudre ? C’est cela apprendre ! Et c’est bien cela que chacun rencontre tous les jours ou presque dans sa vie à des degrés de complexité variables.
En guidant, en modelant, en imposant un chemin en permanence, on limite l’émergence des représentations erronées, on limite les conflits cognitifs qui sont autant de ruptures nécessaires dans le cheminement de beaucoup d’élèves.

Les pédagogies actives permettent cela, tout comme elles permettent des moments de structuration et d’entraînement. Mais elles n’en font pas un préalable à tout. Construction et structuration ! A expliciter trop tôt, on prend le risque d’empêcher tout un pan du processus et de scléroser la diversification pédagogique. Se déclarer nettement supérieur comme le fait la « pédagogie explicite » paraît alors un peu étrange.

Baliser un chemin unique qui irait du plus simple au plus complexe en s’appuyant pas à pas sur des pré-requis me semble également problématique. Pour l’élève, il faut suivre et acquérir à l’instant T (celui prévu par l’enseignant) afin de construire le château de cartes prévu. Dans les faits, il finit souvent par manquer une, deux , trois cartes à un, deux, trois … élèves et l’édifice s’effondre ! Là où la pluralité des situations que nous pouvons proposer aux élèves constituent autant de portes d’entrée permettant une acquisition à plusieurs moments et sous des formes différentes.

Une méthode unique pour tous (qui plus est prenant appui sur de veilles lunes) me paraît être aux antipodes de la pédagogie qui se construit dans la diversité.

La confiscation de l’adjectif explicite me paraît, quant à elle, douteuse.

(1) Veuillez excuser ce private joke mais je lui devais ! D’ailleurs les notes de bas de texte, c’est aussi une forme d’hommage …

(2) C’est le moment où on me dira que je n’ai rien compris… je ne reprends que des éléments que j’ai pu lire … En synthétisant, je prends le risque de me faire taxer de caricature mais les éléments que j’expose sont bien réels et publiés.
(3) Traduire « reste » par Arts, EPS, sciences expérimentales … 
(4) « il est indispensable que chaque élève maîtrise ceux de son niveau avant d’accéder profitablementà ceux du niveau suivant.Cela permettrait des classes homogènesàchaque niveau, afin que de véritables relations entre élèves puissent avoir lieu. Tous partageraient alors le même capital de connaissances et d’habiletés. » Site de l’Association Pour la Pédagogie Explicite.

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Réforme du collège : s’opposer à quoi ?

Billet Co-écrit avec Laurent Fillion

Peut mieux faire !

Dès sa présentation initiale, la réforme du collège a provoqué un tollé surjoué. Accusée de tous les maux avant même qu’elle n’ait eu la chance d’être précisée et encore moins mise en œuvre, elle constitue un enjeu important pour la démocratisation du collège. Construire enfin le collège unique et sortir d’une vision mini-lycée.

Nous avons la conviction que la réforme proposée aujourd’hui va dans le bon sens, qu’elle est relativement ambitieuse et qu’il faudra avoir le courage d’aller au bout de l’idée.

Cette réforme a ses détracteurs. Si nous pouvons comprendre l’inquiétude des collègues de bonne foi, inquiets par l’inconnu, il ne faut pas se voiler la face, d’autres défendent une vision passéiste de l’école. La blouse et le tableau noir, le maître qui détient et déverse son savoir… et au final des élèves laissés pour compte.

Plus inquiétant peut être, des collègues plutôt progressistes, qui s’opposent avant tout parce…

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Sixième coopérative : 3. Le blog de classe

Troisième billet de la série présentant le fonctionnement de la 6ème coopérative que nous avons mise en place au collège. 

Rappel : Si les élément sont présentés séparément, il faut garder à l’esprit que c’est la cohérence des dispositifs qui nous paraît pertinente.

Capture d’écran 2014-12-21 à 20.07.49

La 6ème coopérative possède et anime un blog. Sorte de journal scolaire 2.0, il offre de nombreux intérêts pédagogiques. Mais il est surtout fédérateur, c’est un « outil » auquel les élèves font régulièrement référence et qu’ils s’approprient très bien.

Qu’est-ce qu’on y met ?

– Des élément sur la vie de la classe

– Des productions d’élèves

– Des articles écrits « librement » par les élèves

– Des podcasts

– Des fiches de lecture

Les possibilités sont importantes et dépendent des idées des élèves

Comment le gère-t-on ?

Le blog est celui de la classe. Il appartient au collectif. Ce n’est pas un outil géré uniquement par un ou plusieurs enseignants pour « transmettre » des informations.

Si un enseignant de la classe peut décider de publier sur le blog, il s’agira d’une production de la classe.
Mais la plupart du temps, ce sont les élèves qui choisissent ce qu’ils veulent publier.

Par quinzaine, un « rédacteur en chef » du blog est choisi lors du conseil. Muni d’un petit cahier, il est chargé d’y noter les idées pour le blog : une expérience intéressante en SVT, un projet en technologie, une œuvre en arts plastiques …
Lors de l’heure de vie de classe et lors du conseil, il peut alors suggérer les idées. Des volontaires peuvent alors s’emparer des sujets.

Mais il est tout à fait possible pour un élève de proposer spontanément du contenu pour le blog.

Quand ?

L’heure de vie de classe permet d’écrire pour le blog. Les tablettes dans la classe permettent de le faire très rapidement et au professeur de récupérer les productions (via Evernote par exemple).
Les enseignants peuvent aussi prendre un peu de temps sur leurs heures de cours.
Il arrive également que les élèves travaillent volontairement pour le blog en dehors des heures de cours : au CDI, en permanence ou chez eux. Ils peuvent amener des articles sur feuille, clé USB ou les envoyer via l’ENT du collège.

Pourquoi un blog ?

Publier

« Savoir publier » pourrait être une compétence majeure du nouveau socle commun. A l’ère du Web 2.0, nous sommes nombreux à publier sous différentes formes.
Sur le plan pédagogique, publier favorise plusieurs leviers d’apprentissages :

– Valoriser le travail d’élèves qui en ont besoin.

– Les pousser à réaliser des productions « publiables » : sans fautes, soignées, retravaillées. Il ne s’agit plus de rendre une copie que seul le professeur lira et se contenter d’un résultat « moyen ».

– Donner du sens : publier un conte rédigé en Français aura plus de sens que de l’écrire sur copie double pour son professeur. Cela favorise également la production de contenu plutôt que les travaux « classiques » sur table.

Eduquer aux médias

Tenir un blog est une occasion idéale pour éduquer aux médias. Là aussi, c’est un élément indispensable dans la formation de nos élèves. Il s’agit pour la classe de faire des choix sur ce qui peut être dit ou publié. Le blog autorise les commentaires qui sont modérés par la classe. Que peut-on autoriser comme commentaires ? Comment réagir face aux spams ? … Autant de questions qui arrivent assez naturellement.

Echanger

La partie « commentaires » favorise l’échange avec l’extérieur. Les élèves peuvent recevoir une question leur demandant de préciser certains éléments de leurs articles, obtenir des félicitations toujours bien venues, une demande de correspondance… Le blog devient alors une porte d’entrée vers le « monde extérieur ».

Le blog de cette année

Sixième coopérative : 2. Le conseil

Deuxième volet de la série présentant le fonctionnement de la 6ème coopérative que nous avons mise en place au collège. 

Rappel : Si les élément sont présentés séparément, il faut garder à l’esprit que c’est la cohérence des dispositifs qui nous paraît pertinente. 

2. Le conseil

Le conseil est le dispositif le moins « rôdé » mais il occupe une place déjà importante au sein de la classe. Il ne faisait pas parti du dispositif les années précédentes. Il a lieu tous les 15 jours durant l’heure de vie de classe et se veut un espace d’échanges, de régulation et de démocratie.

Les tables sont disposés en « carré » afin que chacun puisse se voir. Un président et un secrétaire de séance est désigné.

– Le président anime le conseil. Il énonce l’ordre du jour, introduit les thèmes, distribue la parole et soumet des décisions au vote.

– Le secrétaire est chargé de noter dans le cahier de vie de classe les élément importants du conseil, en particulier les décisions prises.

L’ordre du jour est noté au tableau avant le début du conseil.
Il comporte différents points, dont certains son obligatoires à chaque conseil :

1) L’ouverture par le président qui énonce l’ordre du jour.

2) Les félicitations : chaque élève peut prendre la parole pour féliciter un ou plusieurs camarades. Commencer par se dire des choses positives permet de partir du bon bien et créer un climat favorable dans la classe.

3) Les problèmes : le principe est le même mais pour soulever les éventuels soucis, conflits … C’est un moment important de régulation où chacun peut se parler dans un cadre sécurisant. Les règles de communication « non violente » sont claires et permettent la plupart du temps un dialogue constructif.

4) Les métiers : nous répartissons les métiers dans la classe pour la quinzaine à venir. (Ils feront l’objet d’un futur billet).

Les élèves peuvent proposer la création de nouveaux métiers qui sont alors soumis au vote.

5) Le blog : c’est le moment où nous faisons le point sur le blog de la classe (qui fera lui aussi l’objet d’un billet ultérieur). Le « rédacteur en chef du blog » a la parole à ce moment là.
Moment fort de la vie de classe, ce conseil se déroule dans une ambiance sereine où chacun respecte la parole régulée par le président. Une fois ce cadre posé, la parole se libère et l’écoute se veut bienveillante.
C’est également l’occasion de débattre. Nous entendons souvent dire que nos élèves ne savent pas argumenter. Il suffit d’assister à un conseil pour se convaincre du contraire. Ils avancent leurs arguments en attendant leur tour de parole quand il s’agit de débattre avant de voter. Ils proposent également des solutions mesurées pour régler les problèmes.

Quant à l’enseignant, il est un membre du conseil presque comme les autres. Il lève sa main et attend son tour de parole. Seule petite différence, il possède un droit de veto sur certaines décisions qui n’entreraient pas dans le cadre du règlement intérieur du collège ou qui pourraient poser problème pour l’organisation générale. Ce droit est clairement expliqué aux élèves.

Nous ne sommes qu’au début sur l’avancé de cet élément de la classe coopérative. Il évoluera très certainement mais il est déjà une pièce centrale dans le fonctionnement de cette classe et un moment particulièrement attendu par les élèves.

Sixième coopérative : 1. Le travail individualisé

Ce billet est le premier d’une série présentant le fonctionnement de la 6ème coopérative que nous avons mise en place au collège. Si les élément sont présentés séparément, il faut garder à l’esprit que c’est la cohérence des dispositifs qui nous paraît pertinente. 
1. Le travail individualisé

Dans la globalité du fonctionnement de la classe de 6ème coopérative, la séance de travail individualisé est un moment important dans la semaine au niveau de la personnalisation. Pilotée par le plan de travail personnel, elle permet d’être au plus près des besoins des élèves tout en développant leur autonomie et en favorisant la coopération.

Chaque jeudi matin, la classe possède dans son emploi du temps un créneau de 2h commun avec une autre classe de 6e. Il est encadré par le professeur de mathématiques et de français des deux classes (ce sont les mêmes). Un professeur des écoles et un professeur de maths viennent en renfort sur ce moment grâce aux moyens “éducation prioritaire”.

Le plan de travail

Chaque élève possède un plan de travail personnel pour une période de 3 semaines. Il le remplit en début de période avec un degré de guidage variable selon son degré d’autonomie. Ce Plan de Travail est commun au Français et aux Mathématiques et permet de planifier le travail à faire sur la période dans ces deux disciplines. Le travail à faire est donc différent selon les élèves.

Capture d’écran 2014-12-21 à 20.04.55

Il comporte :

– une partie “Français”

– une partie “mathématiques”

Ces deux parties sont liées aux ceintures d’évaluation dans les deux matières (déjà évoquées dans ce blog et qui feront l’objet d’un billet spécifique sur l’évaluation dans la 6ème coopérative).

– un volet coopération

– un cadre “lecture” pour rendre compte d’une lecture personnelle durant la période de trois semaines

– une partie pour l’évaluation globale du travail de la période

Une fois le plan de travail rempli, chaque élève peut donc se mettre au travail en fonction de ce qu’il a planifié (seul ou avec l’enseignant).

Il peut se déplacer pour aller chercher les fichiers d’exercices correspondant à son travail (rangés dans des boîtes thématiques), des problèmes ouverts ou tâches complexes mais aussi les tablettes pour s’entraîner sur des exerciseurs.

Ce sont les élèves qui déterminent l’ordre de leur travail sur la période de 3 semaines.

Un “sonomètre” permet de réguler en cas de bruit ou déplacements intenpestifs. Il comporte 3 niveaux :

– Déplacement et coopération autorisés

– Déplacement et coopération autorisés avec accord préalable du professeur.

– Pas de coopération, déplacements autorisés avec accord préalable du professeur.

Posture des enseignants

Lors des heures de Travail Individualisé, il y a donc deux enseignants présents dans la salle. Nous avons pris le partie de rester à une table. Ce sont les élèves qui viennent nous voir en cas de nécessité ou pour faire valider un travail.
Il nous est apparu, pour avoir testé ce dispositif depuis 3 ans, que nous étions plus efficace dans l’aide de cette manière plutôt qu’en circulant de manière plus ou moins aléatoire dans la salle.
Les moments où l’élève vient nous voir est particulièrement riche :  il explique son travail, nous corrigeons ses erreurs de manière très personnalisée. Le nombre d’élèves qui attendent au bureau se limite à 3. Bien souvent, ceux qui attendent leur tour sont très attentifs à ce qu’il se dit et apprennent également.

Coopération ?

Lors de cette séance, la coopération est possible. Un élève qui aide doit avoir été reconnu compétent dans le domaine concerné.
Celui qui a besoin d’aide peut s’inscrire dans le tableau des demandes d’aide pour qu’un “tuteur” puisse venir l’épauler. Les élèves deviennent ainsi des ressources au sein du groupe. Cette coopération sert autant l’élève aidé que l’élève qui aide.

Bilan et évaluation

En fin de période, nous effectuons le bilan du travail. L’élève indique également sa lecture personnelle en donnant son avis sur ce qu’il a lu.
Lorsqu’un élève se sent compétent sur un domaine, il peut alors demander à être évalué.

L’évaluation est déconnectée de ce temps d’entraînement. En revanche, les critères doivent être clairs pour que l’élève puisse planifier et comprendre ce qu’il doit travailler. Dans ce fonctionnement, notes et moyennes ne sont pas pertinentes.
Conclusion

Ce créneau se veut un moment de travail calme et intense malgré l’autorisation des déplacements et de l’entraide. Les élèves y gagnent en autonomie. Après seulement quelques semaines, ils s’installent et, sans que nous n’ayons rien à leur dire, se mettent au travail. Ils savent ce qu’ils doivent faire.
Il est bien évident que cette individualisation n’a de sens que dans l’approche globale qui permet aussi dans la semaine des moments collectifs.

Résultats des lycées… et les élèves dans tout ça ?

Billet original publié le 04/04/2012

Impossible d’y couper … les résultats des lycées sont publiés … Classements, comparaisons, taux de réussite au bac, taux de réussite de la seconde au bac … « T’as vu le lycée de ma fille est le meilleur de la région ! » …  « oui mais dans celui de mon fils, ils ne virent pas les élèves qui font baisser les stats ! » … « Oula il va falloir demander une dérogation, le lycée du coin n’est pas bon ! »
Les statistiques sont là, elles sont ce qu’elles sont et prenons les avec tout le recul nécessaire. C’est un indicateur, certes, mais un indicateur parmi tant d’autres…. Et c’est bien là le problème ! A entendre tous les commentaires, c’est LE critère pour savoir si un établissement réussit ! C’est vrai, les médias signalent que le taux brut de réussite au bac n’est pas suffisant … mais les autres critères quantitatifs de ces résultats sont à peine plus pertinents.
Un peu facile d’accuser la sphère médiatique … Balayons devant notre porte avant tout … parce que soyons clair, de là où nous sommes, nous entendons parler de chiffres, d’objectifs à atteindre, d’évaluation nationale, de taux de passage en seconde à atteindre ! Les contrats d’objectifs font leur apparition (sans d’ailleurs engager de moyens pour atteindre les dits objectifs !) et sont bien souvent déclinés en indicateurs chiffrés : pourcentage de réussite au brevet, moyenne aux épreuves d’examen …
Ah, au fait, précisons, nous ne parlons pas de voitures sorties d’usine, mais d’élèves … d’enfants, de jeunes … Nous travaillons sur de l’humain ! Comment mesurer notre travail par des indicateurs chiffrés, des moyennes, des taux … toutes ces choses globales, synthétisantes… discriminantes ?

Le week end dernier, nous avons emmené un groupe d’élèves au congrès national Math en jeans pour qu’ils y présentent leur travail de l’année. Un travail de recherche déconnecté de tout programme. Un vrai bol d’air pour ces jeunes dont la plupart n’avaient jamais quitté leur ville, leur quartier … qui n’avaient jamais pris le train, le métro … Et les voilà qu’ils se retrouvent à exposer leur travail devant un amphithéâtre d’une université…. Eux les élèves de Zone d’éducation prioritaire qu’on stigmatise si facilement !
Dans ce groupe, nous avions des volontaires … dont une bonne partie d’élèves en grande difficulté souvent mis à l’écart de tous les projets. Vous savez, ceux qui en 3ème vous demandent « Mais monsieur, pourquoi on fait jamais de sorties nous ? »
Cette expérience va-t-elle leur permettre de gagner des points de moyenne (sic) ? de faire monter le taux de réussite au brevet ? d’atteindre l’objectif de passage en seconde générale ? … probablement pas … Et pourtant, cet atelier hebdomadaire et ce congrès scientifique dont ils étaient les héros, leur ont surement appris beaucoup … des choses que le système n’évaluera pas et des choses qu’on ne pourra jamais quantifier …
Arrêtons ce pilotage par les chiffres … ce pilotage terriblement sélectif quand les évaluations sont calibrées pour cette sélection.
Arrêtons de penser que la réussite de l’école se mesure à des moyennes ou des taux de réussite …

#geometwitt

Faire de la géométrie avec Twitter peut paraître incongru. En quoi un média social qui limite les messages publiés à 140 caractères peut être pédagogiquement utile pour appréhender ce domaine des mathématiques ?
Car, soyons clair, il ne s’agit pas d’utiliser Twitter pour le côté sympa de l’outil (c’est un élément déclencheur d’une motivation nécessaire toutefois) mais bien parce que l’outil apporte une plus value à l’appropriation et la mobilisation de connaissances et l’acquisition de compétences.

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De quoi s’agit-il ?

Le projet consiste à mettre en place un échange entre deux classes distantes géographiquement afin que les élèves se transmettent des programmes de constructions géométriques.

Le travail peut prendre différentes formes :

  • Travail à partir de programmes de construction afin de les synthétiser (passage du français au langage mathématique par exemple), envoi du programme synthétisé via Twitter à la classe jumelée.
  • A partir de figures imposées, écrire un programme de construction, l’envoyer via Twitter à la classe jumelée.
  • Création par les élèves de figures géométriques, écriture d’un programme de construction, envoi via Twitter à la classe jumelée.
  • Envoi d’énigmes géométriques nécessitant des constructions.

La classe jumelée envoie en retour les photos des figures construites.

Le travail de fabrication préalable des programmes peut :

  • donner lieu à une validation de l’enseignant pour assurer la bonne construction dans la classe jumelée
  • être laissé tel quel afin que les élèves de la classe jumelée posent des questions en retour ou retournent des figures erronées. Les élèves pourront ainsi se rendre compte des manques ou erreurs dans leurs programmes et les modifier en conséquence.

Pourquoi utiliser Twitter ?

Le caractère synthétique qu’impose ce média est un outil qui peut être précieux pour travailler le choix du vocabulaire et la manière d’exprimer une idée.

En limitant la taille des messages transmis, les élèves doivent éviter les longues descriptions auxquelles ils sont globalement habitués. Le langage et le vocabulaire mathématique a un caractère synthétique dont les élèves ne comprennent pas toujours l’intérêt dans la mesure où ils communiquent peu sur ce sujet. Leur seul « public » est constitué de l’enseignant et des autres élèves de la classe.
Dans ce contexte, l’effort de précision et de synthèse n’est bien souvent pas fait, dans la mesure où il peut être facilement contourné.

La limitation à 140 caractères par message doit inciter les élèves à utiliser les codes et les mots appropriés pour entrer dans une description mathématique et non pas seulement perceptive.

Exemple : « Trace [AB] tel que AB=5cm » (36 caractères) … plutôt que « prends ta règle, trace un trait de 5cm qui va d’un point A à un point B » (72 caractères).

L’écriture en utilisant les codes mathématiques est plus courte et permet donc d’enchaîner sur d’autres éléments de la figure à construire. Il y a donc un réel intérêt pour l’élève à connaître ses mots et codes et à en maîtriser leur signification.
Cet apprentissage qui a globalement du mal à s’ancrer dans la durée est, grâce à l’outil Twitter, mis en oeuvre de manière active et par nécessité. Nous prenons le pari qu’ ainsi les élèves deviendront plus compétents sur cet aspect parfois ingrat des mathématiques.

Ce travail doit aussi permettre de fédérer la classe autour d’un projet commun.

De manière parallèle, c’est l’éducation aux médias et l’utilisation responsable d’Internet qui est développée.

L’aspect motivant est un autre intérêt de cette approche. Nous le savons tous, la motivation est le point de départ de l’apprentissage.

Un compte classe a été créé ainsi qu’une charte collective d’utilisation.

Une collègue enseignant en primaire dans le Jura a accepté que sa classe de cycle 3 soit partenaire d’une de mes classes de 6ème dans cette démarche.
Pour l’instant les échanges purement géométriques n’ont pas encore débuté (ça ne saurait tarder), les échanges tout court ont en revanche démarré depuis plusieurs semaines.
Ils donnent déjà l’occasion d’évoquer les sondages et les diagrammes sans que cela ne soit prévu. Mes élèves de sixième travaillent donc actuellement sur tableur pour envoyer de beaux diagrammes à leurs correspondants Twitter.
Dans une dizaine de jours, ils enverront une première construction tweetée.

Je ne manquerai pas de vous faire suivre l’avancée (pas à pas) de ce projet à travers ce blog.
Pour suivre tout cela sur Twitter, nous utiliserons la balise #geometwitt , nom que nous avons choisi pour ce projet !

Le compte de ma classe @6TomSawyer

Le blog Geometwitt